Samedi 23 février 2019

Dans le cadre du festival « La Science se Livre »
du Conseil départemental des Hauts-de-Seine.

ENTRÉE LIBRE
(dans la limite des places disponibles)

Consulter notre programme complet du weekend

14h : « La queue du chien et la stratégie du pagure » Gilles Clément, l’ami Jardinier, Paysagiste, Enseignant…

« La relation homme-animal comporte les mêmes surprises, les mêmes peurs et les mêmes engouements que la relation des humains entre eux. Cela n’est guère surprenant : les humains sont des animaux. Mammifères bipèdes, privés d’ailes et de branchies mais asservis à un cerveau développé. Les humains croient qu’ils savent. Les animaux ne croient rien, ils savent. En les regardant vivre nous savons qu’ils savent sans en avoir la conscience. Nous nous étonnons, nous les admirons et parfois nous tombons amoureux. Ce n’est pas une chute. Juste une élévation. Ils nous tiennent debout. »

Dès le début des années 70 Gilles Clément conçoit et réalise des jardins pour une clientèle privée en France et à l’étranger. En 1977 il cesse pour se consacrer à « l’espace public » et fonde l’Atelier Acanthe en 1985. Il s’installe de façon indépendante en tant qu’artiste en 2000 et organise ses prestations en co-traitance avec les ateliers de paysage, en particulier Coloco à Paris.

Le concept de Jardin en Mouvement, né d’une expérimentation dans son propre jardin en Creuse trouve une application en espace public pour la première fois dans le Parc André Citroën dès 1986. L’ouvrage portant le même nom parait en 1991. De nombreux ouvrages suivront (plus d’une vingtaine), certains abordant d’autres concepts importants : Le Jardin planétaire (exposition à la Villette en 1999/2000), Le Tiers-Paysage (2003), traduit en plusieurs langues.

L’exposition itinérante « Toujours la vie invente », crée en 2013 à Saint-Benoît du Sault, installée au Centre Culturel de rencontre de Noirlac (2014) puis à l’école d’architecture Paris Val de Seine (2015), à la biennale d’art contemporain de Melle (2015), au centre d’art de Meyrin à Genève (2016), au parc de Trévarez en Bretagne (2017) sera présentée à Lausanne en 2019. Plusieurs prix consacrent son œuvre dont le « Grand prix du paysage » en 1998.

Le Parc André Citroën (en co-conception), le Domaine du Rayol dans le Var, les Jardins de l’Arche à Nanterre, les Jardin de Valloires dans la Somme, le parc Matisse à Lille, le jardin du musée du Quai Branly à Paris, Le toit de la Base sous-marine de Saint Nazaire (Jardin du Tiers-paysage) font partie des projets les plus connus du public.

Enseignant à l’Ecole Nationale Supérieure de Versailles de 1980 à 2012 il assure, en 2011/12 des cours au Collège de France dans le cadre de la chaire de création artistique et poursuit une activité d’enseignant vacataire sous forme d’ateliers en Italie, Espagne et France.

15h : « Habiter en oiseau » Vinciane Despret, amie et cousine par étranges alliances comme on aime, éthologue, philosophe et maître de conférence à l’Université de Liège…

« Chaque animal, écrivait Marc Bekoff, est une manière de connaître le monde. L’intérêt de cette proposition, outre qu‘elle invite à reconnaître aux animaux des manières d’être et de se rapporter au monde singulières, laisse ouverte la question de savoir ce que veut dire connaître. Partant de cette indétermination, on pourrait proposer que chaque animal est également une manière d’habiter le monde. En étudiant la façon dont les oiseaux territoriaux établissent leurs territoires, et la très grande diversité des manières de le faire,  on ne peut que remarquer que le territoire, chez nombre d’entre eux, organise cette socialité : on devient social de la manière dont on habite. De ce fait, on peut affirmer que le territoire est une forme du social (forme inscrite notamment dans l’espace, géographiquement distinguable) et les conduites qu’il met en œuvre témoignent de la capacité des oiseaux de créer et de se soumettre à des conventions, c’est-à-dire de respecter les formes.

L’anthropologue Eduardo Viveiros de Castro affirmait que « s’il y a quelque chose qui revient de droit à l’anthropologie, ce n’est pas la tâche d’expliquer le monde d’autrui, mais bien celle de multiplier notre monde ». L’éthologie pourrait tout aussi bien reprendre à son compte cette ambition politiquement cruciale aujourd’hui : l’étude des multiples manières de faire territoire pourrait alors ouvrir notre imaginaire à d’autres façons de concevoir ce que veut dire habiter et être chez soi. »

Vinciane Despret  est philosophe et maître de conférences à l’université de Liège. Elle travaille principalement, depuis une vingtaine d’années, sur les savoirs à propos des animaux, domaine dans lequel elle a publié quelques livres dont Que diraient les animaux si on leur posait les bonnes questions ? (Les Empêcheurs de penser en rond) ainsi qu’un livre pour enfants : Le chez soi des animaux (Actes Sud).

16h : « Nature / Culture » Maurice Chaudière, ami-père-frère-amour absolu, artiste et chercheur, sculpteur et poète, apiculteur et gastronome, arboriculteur et philosophe, greffeur et écrivain… (Sous réserve…)

« Me revient l’évidence de cette hypocrisie sociale qui exploite à seule fin de promouvoir son Industrie; elle flatte en nous ce qu’il y a  de plus banal : l’appétit de vivre (en l’invitant à se satisfaire de la façon la plus immédiatement accessible : ouvrir la bouche pour avaler ce qui par ailleurs donne à notre technologie sa raison d’être…) Elle n’ a plus ainsi qu’à nous vendre ce que nous attendons d’elle pour satisfaire la boulimie qu’elle aura suscitée: et ça tourne !… nous avons faim de ce qu’elle nous vend. Elle assume donc parfaitement sa raison d’être : la société nous alimente de ce qui produit le nerf de la guerre : le fric ! C’est  devenu le seul combustible qui puisse encore faire tourner la machine, laissant derrière nous ce qui pourtant paraissait essentiel : la vie organique de la Nature… on aura bientôt oublié que nous sommes « Nature » et que sans elle notre techno-culture n’est rien.

Où allons-nous donc de ce pas, quand nous nous sommes démis de la responsabilité de nos actes… Qui aurait le courage de sacrifier le bœuf dont on a dans l’assiette le beefsteak?

J’aime à croire, à en juger par le talent des shamans de la préhistoire, qu’ils aimaient leur proie comme on aime d’amour ses semblables… c’est-à-dire qu’ils se projetaient corps et âme dans les fresques qu’ils nous ont laissées.  L’œuvre n’était qu’un transfert d’énergie et l’Art en était le moteur… Le moteur aujourd’hui c’est le fric: il assure le dynamisme de l’industrie… peu importe le salut  du consommateur : l’important c’est que la fringale qu’on lui a inspirée, soit satisfaite.

Ainsi donc quand tu prends le risque de sacrifier la bête que tu vas manger, tu te mets hors la loi, alors que tu retrouves le sacerdoce qui permit à notre société de s’accomplir selon les rites qu’elle avait suscités à force et passion et de résignation : elle célébrait la vie jusque dans la mort de ce qui l’alimentait. »

J’ai revu Maurice pendant mes « vacances »… J’ai la chance d’être parmi les gens que Maurice aime, admire dit-il, au point d’être un des rares pour qui il accepte de quitter sa petite maison en Ardèche, son verger, ses ruches… son Eden… Or, nous savons, tous ses amis, que Maurice, du haut de ses 91 ans, n’a plus qu’une petite forme… S’il a insisté pour être avec nous, sa santé en décidera… Peut-être que nous pourrons installer une visio-conférence… Dernière nouvelle! Je pars avec Laurent Védrine deux jours chez Maurice pour faire un film !!!

17h30 : « Quelle place des animaux dans les sociétés humaines ? » Olivier Bel, berger transhumant en Hautes Alpes, porte-parole PACA de la Confédération Paysanne

« Pour les anthropologues, les animaux ont toujours fait partie des sociétés humaines. Mais aujourd’hui, la domestication et le travail avec les animaux sont perçus comme une aliénation impardonnable. Nous, les humains du XXIème siècle, nous devrions « libérer » ces bêtes qui souffrent, cesser d’élever des animaux et de manger de la viande.

Pour les zootechniciens, les animaux d’élevage ne seraient « que » des machines sensibles

Et il y a nous, éleveuses et éleveurs paysans qui vivons et travaillons avec nos animaux. Dans le rapport à la vie, il y a le travail avec nos vaches, nos chèvres, nos moutons, nos chevaux, avec son lot de plaisirs, partagés ou pas. De la naissance à la mort, le troupeau suit l’éleveuse ou l‘éleveur parce qu’il y a un lien, qui n’est pas que celui du ventre, mais bien un partenariat de vie… » (à suivre… à Nanterre !)

Olivier Bel  est né à Créteil; pendant ses études agricoles il est parti berger dans les Cévennes; il s’est installé dans les 80’s en Briançonnais à 1800 m d’altitude grâce à la rencontre d’un maire visionnaire qui, refusant l’installation d’une station de ski dans les 70’s, a développé une utopie sociale, agricole… touristique. Dix ans plus tard, il part ouvrier agricole en Margeride, berger en alpages l’été; on lui propose alors de devenir formateur à l’École de Bergers Transhumants de Salon de Provence; enfin, il y a vingt ans, il s’installe à la Roche des Arnauds dans les Hautes Alpes et crée un élevage de brebis à viande, des volailles, cochons, céréales, fourrage…. Polyculture-élevage comme on dit…

18h30 : « L’abattage à la ferme » Stéphane Dinard, éleveur en Dordogne, créateur de l’association de défense « Quand l’abattoir vient à la Ferme ».

« Tuer un animal n’est pas une mince affaire… Entre la notion de « crime », « meurtre »… indissociable de la consommation de viande, et l’abattage industriel, j’oppose la notion de dignité: bien né – bien élevé – bien tué. On tue chez moi -chez elles- mes bêtes. J’ai construit chez moi, dans ma ferme, un laboratoire de transformation. Je me bats depuis  toujours  contre l’Institution, la législation, les normes… quitte à risquer 6 mois de prison ferme et 15 000€ amende. Le sujet rencontre d’innombrables soutiens, au point de nous enjoindre, moi et Jocelyne Porcher, chercheuse à l’INRA, à créer l’association née d’un constat : de plus en plus de petits éleveurs refusent que la mort de leurs animaux se termine à l’abattoir (dont on constate régulièrement la brutalité, vis à vis des bêtes comme des travailleurs !) et revendiquent le droit d’abattre  leurs bêtes à la ferme. Aujourd’hui, forts de plus de 2000 adhérents (des éleveurs évidemment, mais aussi des citoyens, des vétérinaires, des artisans-bouchers, des consommateurs engagés, des associations de protection animale…) nous avons obtenus de belles avancées… que nous relaterons samedi 23 février à la Ferme du Bonheur à Nanterre. »

Émigré d’Île de France, installé depuis 2005 en polyculture élevage (vache, cochon, volaille, fourrage) à Eygurande-et-Garededeuil en Dordogne, Stéphane est syndiqué à la Fédération des Travailleurs de la Terre et de l’Environnement, qui défend, en actes concrets, la belle et grande idée de la Coopérative.  Il construit son atelier d’abattage dans sa propre ferme. En 2014 il fonde avec Jocelyne Porcher le Collectif puis l’Association « Quand l’abattoir vient à la Ferme »…