Fondée l’hiver 1992 / 1993 par Roger des Prés, la Ferme du Bonheur régie par une asso loi 1901, installée sur le flanc de l’Université Paris X Nanterre, est une « zone franche » : lieu ouvert, elle accueille à la même table et indifféremment les publics avertis et les exclus ; elle pratique avec la même exigence la culture sous toutes ses formes (théâtre, musique, danse cinéma, arts plastiques), la gastronomie, l’agriculture expérimentale, la recherche scientifique, l’action sociale, la pédagogie et la formation…

« Un oasis de béton » Vinciane Despret, philosophe, Université de Liège


 

Le lieu

La Ferme du Bonheur est située au 220, avenue de la République ; l’entrée publique – piétonne – est au 200, à l’angle de l’allée de l’Université, l’entrée Ouest de la faculté. Après la grande porte en bois surmontée d’une cloche en bronze, on traverse des jardins ornementaux précieux, un verger, un potager d’aromatiques et médicinales, une serre horticole… avant de déboucher dans la cour, vestige d’une vieille école de 1904 démolie en 1992, où trône le « favela-théâtre », une structure auto-construite, très rustique, en matériaux de récupération, totalement transparente, totalement ouvrable, tour à tour théâtre, salle à manger, dancefloor, hammam… où la famille « fait le cochon » en hiver. À côté, la salle de bal, ancien bal forain démontable, devenue la salle de restaurant, très meublée, bien chauffée, modulable pour les bals et les concerts classiques. Plus loin les bureaux ; ailleurs, les ateliers de construction de costumes et de décors… Le tout entre le pigeonnier, la bergerie, la porcherie, la basse-cour, l’étable, l’écurie, la carrière des chevaux…

« Un miracle qui dure » René Solis, Libération

 

La compagnie

À l’origine de la Ferme du Bonheur, Roger des Prés, ancien acteur de la scène dite « rock alternative » des années 1980 met en scène des spectacles qu’on s’accorde à dire « de théâtre », même si les matériaux ne sont pas toujours des textes, en tous cas pas des textes de théâtre : nouvelles de Dostoïevski, de Giono, extraits d’écrits politiques ou essai radiophonique de Jean Genet, poème de Walt Whitman, entretien entre un sociologue allemand et Khaled Kelkal, ou « tour du monde des paysans imaginaire », le spectacle originel totalement inventé par Roger, fondateur de sa pensée… et de la Ferme du Bonheur !
En 1999 le Ministère de la Culture a établi une convention avec la Ferme du Bonheur, encore en cours aujourd’hui…

« [Les spectacles de Roger des Prés, artiste inclassable et inlassable] : des mondes célèbrent leurs noces en un rituel étonnant, politique et poétique » Armelle Héliot, Le Figaro
 

L’accueil des œuvres, des artistes

Roger des Prés s’amuse à se définir « communiste pratiquant non-croyant ». Concrètement, dès les premières heures de la création de la Ferme du Bonheur, il a choisi de ne pas y être le seul à créer ; ainsi, on a vu des artistes, des compagnies y créer ou diffuser leurs œuvres : du théâtre, de la danse, de la musique savante et populaire, mais aussi du cinéma, de l’art plastique… Pour n’en citer que quelques-uns : Sophie Lecarpentier, Dieudonné Niangouna, Jeanne Balibar, Alexis Forestier, Jacques Rebotier, Chistian Bourigault, Bernard Cavanna, Elisabeth Joyé, Benjamin Alard, etc.
En 2017, une nouvelle ère s’amorce, Pierre-Vincent Chapus, auteur et metteur en scène, est le premier « Artiste Associé » à la Ferme du Bonheur, un processus qui lui permettra à la fois de créer ses œuvres et de partager le projet global de la Ferme.

 

Les Bals

Si la Ferme du Bonheur a organisé ponctuellement un grand nombre de bals, tango, salsa, folk… dont certains pourront devenir réguliers, elle s’est fait un nom international avec les fêtes électro : acteur reconnu au point de figurer dans la commission du Grand Paris pour « l’offre festive métropolitaine », la Ferme organise huit à douze rendez-vous annuels où plus de 1200 jeunes dépensent leur énergie au son de Dj’s internationaux. Fidèle à sa légendaire fraternité, la Ferme partage quasi systématiquement la production avec des collectifs de jeunes Dj’s.

 

La Saison des Grâces

On profite de l’été et sa météo clémente pour organiser un festival du premier week-end de juillet au 1er septembre : tous les week-ends du théâtre, de la musique, du cinéma, de l’art plastique … des fêtes électro ! Certaines années le Favela-théâtre se transforme en bain maure (hammam) et on sert, dans le bal ou dans la cour, des brunchs homériques.

 

Les événements nationaux annuels

Tous les ans, après une hibernation de Noël au printemps, la Ferme du Bonheur ouvre la saison de l’année civile en relevant la proposition de l’équipe du Printemps des Poètes : parfois accompagné de spectacles, de cinéma, c’est d’abord le vernissage de la longue palissade d’entrée de la Ferme, un panneau de bois longeant l’allée de l’Université, qui dévoile ses couleurs de l’année suivant le thème choisi par l’équipe du Printemps des Poètes. Parfois réalisé par l’équipe de la Ferme, parfois par des artistes plasticiens invités, c’est un étendard vu par des dizaines de milliers d’automobilistes, et autant d’étudiants et personnels de l’université, qui affirme un mot d’ordre immanent à la Ferme du Bonheur que résume un vers de Jean Sénac, poète algérien :

« Poésie sur tous les fronts »

Chaque année nous relevons aussi la proposition du Ministère de la Culture le « Rendez-vous aux Jardins », premier week-end de juin et celui de Paris Métropole la « Fête des jardins », dernier week-end de septembre. Suivant les sujets, les artistes… et les humeurs, il nous arrive de participer à la Fête de la Musique, aux Journées du Patrimoine

 

L’Agriculture

Après une année en Dauphiné chez des paysans alternatifs, Roger des Prés rentre à Paris avec des chèvres. D’abord pour ses spectacles puis, effaré du désordre urbain à Nanterre et préoccupé de longue date par l’inquiétude écologique, pour affirmer la nécessité du partage : l’évidence de la Nature en Ville. La Ferme du Bonheur précède ce qu’il est convenu d’appeler désormais « l’agriculture urbaine ». Le livre publié en 2007 chez Actes Sud La Ferme du Bonheur, Reconquête d’un délaissé / Nanterre aura révélé la naissance d’un vaste mouvement, agissant dans toutes les métropoles occidentales.
Depuis le 28 décembre 2008, la Ferme du Bonheur a « pris autorité » sur un tènement voisin de plus de quatre hectares, situé sur le projet urbain qui prolonge le fameux Axe Historique après la Défense. Ce « Le Champ de la Garde » comme nous l’appelons est visité par les milliers de gens de tous bords qui s’y rencontrent tous les dimanches après-midi pour le défricher, le dépolluer, y planter, semer… Juste rebond de l’histoire, l’Axe Historique est le projet imaginé il y a quatre siècles par André le Nôtre… Jardinier de Louis XIV ! Le projet de la Ferme du Bonheur intitulé « la Fabrique du P.R.É » illustre l’éternité, l’évidence de la Nature… même en ville !

 

Partenariat scientifique

Le P.R.É. permet de pousser le bouchon très loin. Tout à fait parallèlement à la modernité de nos expérimentations, nous affirmons la nécessité de la conservation : la quasi totalité des végétaux, des animaux élevés sont en voie de disparition ou de race ancienne, ou encore objets de réflexions parfois violentes quant au fameux enjeu de « brevetage du vivant »… L’école nationale d’ingénieurs agronomes Agro Paris Tech ne s’y est pas trompée qui reconduit depuis quelques années des conventions de recherche sur l’agriculture urbaine, notamment au sujet prégnant en zone urbaine de pollution des sols : la pratique publique de la Ferme du Bonheur, son refus de « changer le sol » au bénéfice « d’apprendre à le nettoyer » par toutes les méthodes possibles, a fortiori par la décision de produire coûte que coûte – du végétal et de l’animal – font du Champ de la Garde un site appelé à un avenir de grande envergure quant aux connaissances en matière de résilience des sols !
À terme l’objectif de la Ferme du Bonheur est de nourrir son équipe, les équipes accueillies en résidence, et tous les publics, de produits « hyper-locaux » que nous nous sommes amusés à labelliser AOBB : Appellation d’Origine Bonheur en Banlieue. C’est le sens d’un projet de Table d’Hôtes dont les balbutiements, notamment lors des buffets accompagnant les événements, sont de très beaux augures…

 

Pédagogie et formation

Toutes ces années, marquées par tant d’expérimentations tout azimuts pratiquées par tant de gens et d’institutions, font de la Ferme du Bonheur un lieu appelé à devenir un centre de formation reconnu ; outre d’innombrables visites d’écoles, depuis peu adviennent des stages de formation ponctuels : botanique (comestibles, thérapeutiques, sauvegarde…), vannerie sauvage, techniques agricoles traditionnelles ou novatrices… On a aussi réalisé des stages de constructions : architectures en terre-paille, en bois, terrasses en pierres sèches sur les talus qui bordent le Champ de la Garde… Depuis 2016, un cycle annuel est consacré à l’initiation à l’apiculture, en attendant que la Fabrique du P.R.É accueille un « musée des ruches du monde ».

 

Urbanisme, environnement

Le désordre urbain mythologique de Nanterre est symptomatique de l’urgence des années 1960-70. Si la ville, à l’occasion de l’homérique prolongement de l’Axe Historique, en profite pour se remodeler, occuper ses zones foncières oubliées ou en cours de désindustrialisation, les nombreux aménageurs sollicitent désormais la Ferme du Bonheur pour leurs projets : nous sommes reconnus comme initiateurs d’une façon nouvelle de faire la ville, bien commun générateur de société, plus juste, plus « durable ». Ainsi, nous développons des contrats de tonte écologique d’espaces verts par nos moutons, projetons des récoltes de compost familiaux en voitures à cheval, etc.

 

Économie Sociale et Solidaire (E.S.S.)

La pratique originelle de la Ferme du Bonheur fut précaire : peu de moyens ont intimé une économie de récupération et de réemploi, une recherche d’échange et de partage hors argent. Contre des formations, spectacles, repas, hébergements… chacun apporte sa pierre à l’œuvre, dans la mesure de ses moyens. Nous sommes ainsi inscrits dans le réseau de volontariat international des fermes alternatives WWOOF, nous avons été lauréat d’un appel à projets E.S.S. du département des Hauts-de-Seine, accueillons des salariés d’entreprises pour leur Journée solidaire d’entreprise (JSE), etc.

 

Action sociale

Ça n’a jamais été une fin en soi, mais la sociologie environnante nous l’a intimé : accompagnement administratif de personnes en difficultés auprès des structures d’aide sociale, hébergement, nourriture, accueil de structures accompagnant des groupes desdits publics pour des visites, des spectacles, des chantiers, réveillon de Noël, etc. La Ferme assume sa part, simplement, humblement, dans la mesure de ses moyens. En outre, dans le quartier du Parc classé naguère parmi les plus « criminogènes de France » malgré son génie urbain et architectural, Roger mène un cycle d’expositions dans son appartement au 35ème étage d’une des merveilleuses tours-nuage d’Emile Aillaud.