Ah… ces Dimanches après-midi… J’ai épuisé tous les superlatifs pour exprimer le… Bonheur de ces heures d’ardeur collective passées

à la Fabrique du P.R.É.

 

Tirer-Pousser-Porter-Piocher-Tirer-Pousser-Porter-Piocher-Tirer-Pousser-Porter-Piocher-Tirer-Pousser-Porter-Piocher-Tirer-Pousser-Porter-Piocher-Tirer-Pousser-Porter-Piocher-Tirer-Pousser-Porter-Piocher-Tirer-Pousser-Porter-Piocher…

CONSTRUIRE !!!

 


Été comme Hiver, Automne comme Printemps :
Défricher-Dé-soucher-Terrasser-Extraire-Labourer-Tailler-Semer-Planter-Faucher-Récolter-Arroser-Composter-Élaguer-Émonder-Faner-Andainer-Moissonner-Fagotter-Épandre-Fumasser-Engranger-Épouiller-Pâturer-Tondre-Traire-Fumer-Élever-Soigner- Nourrir… Manger !

Depuis qu’on déconfine, ce sont vingt cinq, trente, trente cinq, quarante, quarante cinq… personnes du voisinage et de toute l’Île de France, parfois de bien plus loin du fait de la réputation de l’Œuvre, et du monde entier grâce au réseau de volontariat international WWOOF (celui-ci appliqué à l’Agriculture « alternative ») qui nous rejoignent à la Ferme ou directement au Champ de la Garde s’ils connaissent puisque certains sont là depuis le début, ce 28 décembre 2008 où, après le sabordage d’un site incroyable d’un point de vue écologique, juste à l’Est du Champ, nous décidions -nous étions une vingtaine- de « prendre autorité commune, spontanée, aléatoire, précaire… libre » sur les quatre hectares et quelques de la dernière friche sauvage et libre de cette O.I.N. (Opération d’Intérêt National) le plus grand chantier immobilier de france, sensée, puisqu’alors il était dirigé par notre mairie « de gauche », sensée disais-je réparer-la-ville-recoudre-la-ville-recréer-le-lien-social… Sic ! On constate, trop tard, une bétonnisation hystérique, cheap, laide… qui ne laisse pas d’inquiéter des habitants, a fortiori des quartiers populaires… et nous autres, Paysans éco-warriors …

Mais -calme-toi Roger, on sait, ils t’ont meurtri, tais-toi et pioche-laissons-là la misère, revenons au… Bonheur ! Depuis presque douze ans, la Ferme et le public, celui des Dimanches mais aussi en semaine les nombreuses entreprises qui passent leurs journées RSE, les innombrables stagiaires, les étudiants archi, urba, paysage, ESS, etc. les groupes de gosses, les groupes de « cas sociaux » multiformes.. les voisins habitués… nous avons transformé un terrain vague souillé et pollué en ce paysage rural inouï qui n’a de moins en moins à envier à d’aucuns paysages Creusois, Limousins, Bretons, Dauphinois… ou je ne sais quel Haut Plateau Ardéchois.

Tout à la main !!!

 

… ou avec des outils qu’un Homme peut construire… à la main (la Forge arrive bientôt…) Pas de machine ! Surtout pas par conservatisme, folklore… mais pour être dans une posture, une position de justesse, de justice devant le fonctionnement de la Nature, a fortiori… du TEMPS ! Faire partie d’Elle, la « bousculer » certes, puisque nous voulons produire des fruits, des légumes, des herbes, du bétail… mais doucement, en observant scrupuleusement le mouvement qui s’est entamé spontanément pendant les deux ou trois ans après la construction des bretelles du Grand Voisin, le monstrueux « Plus-grand-échangeur-autoroutier-couvert… d’Europe » sur le remblai de couverture… en PARTAGEANT !!!! On calme les espèces invasives en prenant bien soin de les conserver, on partage avec nos plantations, quelques centaines d’arbres aujourd’hui (il en manque : Participez à notre campagne!) on organise un Maraîcher, une « Plaine des Céréales » avec quarante espèces de blé anciens, en voie de disparition ou que l’agro-finance essaye de voler en « brevetant le Vivant » (l’ultime arme du pire fascisme : « propriétaire de notre nourriture » !!!), un verger (entre autres, l’émotion de ces trente fruitiers anciens -comme tout et tous-, le 21 novembre 2010 en soutien au Peuple Sarayaku d’Équateur), une nouvelle Basse-Cour, une Porcherie (la Grande Joie nouvelle bientôt : des bébés cochons !!!!!!), un sous-bois, dit le Bois-Joli où, au fur et à mesure qu’on réduit le nombre des Acacias on va planter du « Bois d’Œuvre » pour la charpente, la menuiserie, l’ébénisterie… la lutherie ! Le Plateau de la Grave, ainsi nommé du fait d’un gros taux de graviers, cailloux… par Manu-des-Chevaux qui vient parfois défricher avec ses bêtes aussi monumentales que douces, où on va donc cultiver… des légumes racines ;-)))) Et les Terrasses en pierre sèche, MES Terrasses, ma plus grande joie, ce partage parfait entre Nature et Culture, cette pratique du caillou qui transcende l’idée du bagne : le caillou ! Riche ou pauvre, jeune ou vieux, homme ou femme ont rassemblé les cailloux extraits lors de nos incessants nettoyage, terrassement… et, souvent avec l’aide du génie Dodu-d’Amour Léo, Colosse délicat, érigé ces murs en terrasse magnifiques, petit à petit, chacun au rythme de son désir, sa liberté, sa force puisque les grosses pierres ne peuvent pas être érigées seules, et qu’elles ne tiennent que grâce aux petites… J’arrête ça j’en dirais des tomes tant le moindre centimètre carré est un cosmos, en révolution permanente comme le montrent jour après jour l’arrivée de nouvelles espèces végétales, animales…

Et pour couronner le tout les scientifiques nous ont rejoints depuis plus de cinq ans, enjoints par la pierre d’achoppement de l’Agriculture dite « urbaine » (ce n’est pas la nôtre, même si nous nous rompons joyeusement à l’urbanité… sociale ;-)) LA POLLUTION DES SOLS MÉTROPOLITAINS ! Est-il utile qu’on vous fasse un dessin ? Je me souviens de la blague des « propriétaires » l’ex EPAD-Établissement Public d’Aménagement de la Défense, plus gros EP de la nation, désormais au terme des mille et unes réformes d’alternances « politiques » appelé « PLD – Paris-La Défense », qui me demandait
– Tu n’as pas peur que le terrain soit pollué ? »,
À quoi je ne pouvais que répondre
– Peur ?! Ben non, j’ai pas peur que ce soit pollué, JE SAIS que c’est pollué, savez-vous vous-mêmes d’où vient le remblai que VOUS avez déposé sur cet espace à devenir public ? Hein ?! Dites voir…
Et là, je vous dis pas les autruches… qui nous envoyaient vite un labo qui extrayait sur quatorze points des quatre hectares et quelques, à 50cm et 1 mètre… et déclarait que « tout le monde était là : métaux lourds, plomb, chlore… mercure !!! » (je ne sais pas si c’est pas ce labo qui a été inculpé pour avoir trop souvent déclaré des sites pollués et… qui vendait de la terre végétale…)
– Aaaaaah ! Rogeeeer ! Arrête de manger tes légumes !!! »
– Certainement pas !
– Arrête de les donner à manger aux Parisiens !
– Bon, ça d’accord… et les Parisiens/Paysans du Dimanche « comment ça on peut pas manger ce qu’on cultive ?! Et les dix mille tomates identiques sur les étals on a pas un doute là-dessus ?! »
Bon, on connaît la musique… Bref, les scientifiques sont avec nous et travaillent bien plus sérieusement : le mercure, on a dû tomber pile sur une pile parce qu’on ne le trouve plus, plus du tout, beaucoup de métaux lourds sont à des taux « officiellement respectables » (ah bon ?! on a le droit de manger de la merde ? Ah ?! Et les Allemands encore plus puisqu’ils ont été tellement industriels que les sols sont tellement plus pourris qu’ils ont pas le choix d’élever leur taux « acceptables »… Nân mais Mâdâme, dans quel môôôôôônde vit-on ?) Restent le plomb et le cadmium, qui nous refrènent dans la culture des légumes « feuilles » (épinards, salades…) et quelques légumes « racines » (carottes, navets…)… Aujourd’hui on a réussi à évangéliser nos scientifiques qui, après avoir étudié le problème sur vingt sites d’agriculture « urbaine » francilienne, se rassemblent sur deux sites, acceptant enfin la nécessité de…

Dé-pol-lu-er !!!

– Mais Roger, dépolluer, tu rêves !
– Rappelle-toi la dernière phrase de mon bouquin : « J’rêve pas, j’travaille ! » Et pardon, je suis Paysan, je prends soin de ma terre ; là elle est particulièrement pourrie, donc en même temps que je la brasse sans fin je cultive quand même les légumes feuilles et racines : s’ils captent, ils extraient !
– Mais Roger, ça va te prendre des dizaines d’années !
– Tu veux dire autant de décennies qu’on a mis à… polluer ? Nous autres, occidentaux, avons double peine : riches consommateurs, nous sommes d’une part les premiers responsables du désastre et d’autre part avons la plus grande des richesses : le Temps (allez dans le Tiers-Monde et dites « congés payés, week-end, chômage, retraite… pas sûr qu’ils comprennent, sauf ceux qui montent à quatre cents sur un zodiac pour traverser la Méditerranée…) Et il est grand temps d’apprendre à dépolluer tant qu’on en a le LOISIR, quand on le fera sous la contrainte ça sera bien moins sexy…
Et bingo, ils ont compris, et re-bingo, on apprend que l’Université de Lorraine travaille de longue date sur le sujet et ils trouvent de plus en plus de plantes qui captent les pollutions/les métaux, ont même breveté une plante qui capte tellement bien le nickel qu’on pourrait arrêter de détruire des régions en faisant des trous de trois mille hectares et d’un km de profondeur qui bousillent paysage, nappes phréatiques, villages… vie !!!

Pour nous ce sera le Sédum Alfrediii qui virera le Cadmium

Et pour le Plomb, au moins le Lantana Camara

Quant au(x) reste(s)… vous et moi nous en P.R.É.occupons depuis le 28 décembre 2008, et dimanche(s) prochain(s) aussi, en communistes pratiquants-non croyants et autres individualistes sceptiques : tous les dimanches, qu’on se le dise, on peut apporter son goûter (si on veut se faire bien voir on amène une tarte aux pommes, un cake QU’ON A FAIT CHEZ SOI LE MATIN OU LA VEILLE) la Ferme fait le thé à la menthe, le café, apporte le Pain, une bête de bon pain de Romaric-Boulanger de Nanterre, ses confitures pour la pause.

Départ à 14h!
Ah ? T’as apporté la gnôle de ton Grand-Père ?! Une noix de jambon de ton cousin ?!
On attrape deux trois tomates et des herbes…
Rhôôôô…

Paysannes
Paysans
À Terre !!!